Vers 1978, pendant l’époque de revendication indépendantiste, les frères Nankin et quelques amis révolutionnaires et amoureux de gwo-ka (dont le légendaire Vélo) décident de moderniser le carnaval guadeloupéen et d'éliminer les costumes en satin-paillettes et les bidons en plastique qui servent à l'époque d'instruments aux carnavaliers. Ils les remplacent alors par des masques et des tambours traditionnels à peaux et adaptent le jeu en ré-introduisant le rythme des "Mas a St Jean". Renvoyant aux oubliettes le carnaval « satin », ils choisissent de choquer, voire de faire peur, avec ces masques qui, lorsqu’ils étaient mômes, à la fois les effrayaient et les fascinaient. Nous sommes à dix mille lieues du zouk et de ses multiples variantes commerciales (zouk love, zouk cool, etc.), mais au cœur d’une mémoire qui marie réjouissance et résistance L’objectif : revaloriser la culture guadeloupéenne, souvent auto dénigrée par les Guadeloupéens. L'idée plaît et Akiyo devient vite le groupe de carnaval préféré des Guadeloupéens
En 1984, année de la mort de Vélo, maître tambouyé de la Guadeloupe, Akiyo se constitue en association loi 1901 et se baptise « mouvement culturel ». Akiyo, depuis sa fondation, s'est positionné d'emblée sur un terrain militant et de résistance culturelle. En effet, il reprend à son compte la musique des laissés-pour-compte de la société (musique Mas à Saint Jean). De plus, ce groupe n'a pas cessé de dénoncer la répression, le malaise social, le colonialisme, les guerres et les essais nucléaires.
Le carnaval guadeloupéen a toujours été considéré comme un exutoire et comme un moyen de dérision. Les esclaves voyaient en cette fête une occasion inespérée de se défouler mais aussi de tourner en dérision par les déguisements notamment leurs maîtres dominateurs. Idée de dérision qui est reprise par le groupe Akiyo qui n'hésite pas à endosser la couleur kaki et les casques coloniaux, symboles de l'oppression coloniale. « Une composition dénonçait la répression militaire, mais pas uniquement en Guadeloupe, car Akiyo ne limite pas son champ d’investigation à notre île » dira alors Michel Halley. En 1985, le sous-préfet Hugodot se soulève contre cette pratique "irrespectueuse" et les censure pour « atteinte à l’intégrité de l’État français ». Le sous-préfet rédige une note aux Renseignements généraux pour leur interdire toute sortie publique. Le représentant de la métropole croyait même entendre son nom dans la chanson en question. Le groupe est accusé d'être un bastion de terroristes mais la population s’en mêle et cette interdiction entraîne la descente dans les rues de plus de 8 000 personnes. Le sous-préfet est rappelé en Métropole et Akiyo prend conscience de son importance.
Devant le succès de la formule, ils décident de l'étendre et créent "Akiyo Misik", la version scénique du groupe. Leur premier spectacle a lieu en 1988 avec quelques 80 musiciens sur scène.
En 1992, ils sortent leur premier album, "Mémoires", produit par Korosol Music, la société de Jacob Desvarieux et participent aux festivals de Pointe-à-Pitre, d'Angoulême, à la Feria de Nîmes, et de nombreux autres festivals. Leur premier disque est un grand succès dans l’île, sans aide d’aucune publicité.
Depuis, ils sont régulièrement invités en Métropole, où ils transmettent leur savoir à des jeunes du Val de Marne ou de la Seine-Saint-Denis, et où ils rencontrent des groupes différents mais amis, comme le gascon Bernard Lubat ou le groupe breton de fest-noz Carré Manchot. Leur musique s’appuie sur des ostinatos rythmiques, qui incitent à la danse et donnent du souffle pour les grands défilés carnavalesques ; leurs paroles sont le plus souvent politiques, abordant aussi bien des problèmes liés directement à la Guadeloupe (le crack, les problèmes économiques, etc.) qu’au reste du monde (contre les guerres, contre l’aide humanitaire, etc.). Sur le pur plan du carnaval, ce groupe a remporté de nombreux concours et est incontestablement un puissant vecteur de diffusion mondiale de cette forme de musique de par notamment les nombreux albums et concerts qu'il met en place. Dernier exemple en date, sa présence remarquée le 20 janvier 2002 au Théâtre de l'Odéon à Paris dans le cadre de "Identité Caraïbe".
Akiyo hurle aux Guadeloupéens d’exister, d’inventer, de produire des choses. Et au reste du monde, que la Guadeloupe existe et qu’elle entend continuer.
C'est le groupe carnavalesque le plus populaire de la Guadeloupe et des Antilles